Les taux d’infections sexuellement transmissibles au Canada ont considérablement augmenté au cours de la dernière décennie, malgré les interventions antérieures en santé publique et en éducation sexuelle qui ont réduit le taux d’infections sexuellement transmissibles (ITS). Entre 2008 et 2017, les taux de la chlamydia a augmenté de 39 %, la gonorrhée de 109 % et la syphilis infectieuse de 167 %, selon l’Agence de santé publique du Canada.

Divers facteurs ont contribué à cette augmentation, tels que l’évolution des normes sociétales et culturelles, les obstacles à l’accès aux préservatifs et les changements dans les pratiques de diagnostic et de dépistage.

Bien que l’ASPC surveille les ITS, elle ne suit pas l’outil le plus important dont nous disposons pour prévenir la propagation des ITS : l’utilisation du condom. Au lieu de cela, des enquêtes gouvernementales occasionnelles et des recherches universitaires comblent les lacunes. Les gens n’utilisent peut-être pas les préservatifs au même rythme qu’auparavant, mais il est difficile de le savoir avec certitude car il y a un manque de données.

En tant que sociologues des sexualités, nous avons recueilli des données sur l’utilisation du condom dans le cadre d’une étude plus vaste et unique en son genre sur le sexe et la sexualité au Canada. Nos résultats montrent qu’environ le tiers des Canadiens adultes qui ont eu des rapports vaginaux péniens pendant leurs rapports sexuels ont utilisé des condoms. Une enquête ne permet pas de suivre les changements au fil du temps, mais elle peut être une pièce importante du puzzle pour comprendre qui utilise les préservatifs, dans quels types de rencontres sexuelles ils sont utilisés et pourquoi.

Étude sur le sexe au Canada

Les jeunes adultes utilisent le condom plus souvent que les Canadiens plus âgés, même en tenant compte d’autres caractéristiques démographiques : 42 % des 19 à 29 ans ont utilisé le condom lors de leurs plus récentes relations sexuelles, comparativement à 31 % des 30 à 49 ans et 19 % des 50 à 64 ans. Les personnes âgées (65 ans et plus) étaient les moins susceptibles d’utiliser des préservatifs : 11 %.

Les personnes âgées sont souvent considérées comme non sexuelles, mais ils continuent d’être sexuellement actifs. Ils ne peuvent cependant pas, avoir accès aux informations sur les préservatifs et les rapports sexuels protégés que les jeunes ont à l’école. Les personnes âgées devraient utiliser des préservatifs pour se protéger des IST, mais pas assez de recherches, de ressources ou d’initiatives de politique publique encouragent les pratiques sexuelles plus sûres au sein de ce groupe.

Nous constatons que l’utilisation du préservatif est également plus élevée (31 %) chez les diplômés universitaires que chez ceux qui n’en ont pas (22 %). Ces institutions peuvent offrir une éducation et des initiatives efficaces en matière de santé sexuelle, telles que l’accès gratuit et facile aux préservatifs, ce qui peut entraîner une utilisation accrue des préservatifs chez les diplômés.

Nos résultats suggèrent également que lorsque les gens utilisent d’autres formes de contraception, l’utilisation du préservatif diminue. Cela peut s’expliquer par le fait que la prévention de la grossesse est une préoccupation plus importante pour les Canadiens que d’éviter les ITS, ou par le fait que l’éducation sexuelle ne met pas suffisamment l’accent sur la prévention des ITS.


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Enfin, nous constatons que l’éducation informelle et formelle en matière de santé sexuelle est associée à une utilisation accrue du préservatif. Cela inclut les hommes qui en apprennent officiellement sur les préservatifs, par exemple dans le cadre d’une éducation sexuelle à l’école, ou de manière informelle, par exemple par le biais d’amis ou d’Internet. L’utilisation accrue du préservatif par les femmes n’était associée qu’à une éducation sexuelle formelle au collège et au lycée. Sans éducation sexuelle formelle qui couvre l’utilisation du préservatif, les femmes peuvent être plus à risque d’ITS.

Les défenseurs de l’éducation sexuelle et les experts en santé publique rapportent constamment ces informations claires et précises sur les préservatifs et les infections sexuellement transmissibles sont l’un des meilleurs outils pour éviter les risques pour la santé sexuelle. Nos résultats accréditent les experts qui ont plaidé en faveur d’un programme d’éducation sexuelle accru dans les écoles.

Plus de données nécessaires

Maintenir les taux d’infections sexuellement transmissibles bas est un objectif important de santé publique. Par exemple, l’ASPC a récemment lancé une plan d’action quinquennal pour surveiller les maladies sexuellement transmissibles et transmissibles par le sang. Bien que l’utilisation du préservatif ne puisse pas empêcher la transmission des ITS dans tous les types de relations sexuelles, elles constituent un outil de prévention important. Notre étude s’est concentrée sur le sexe pénien-vaginal, mais de nombreux autres groupes, couples sexuels et activités sexuelles gagneraient à utiliser des préservatifs.

Même si l’utilisation du préservatif est un élément clé du plan visant à réduire la transmission des IST, il n’en a pas été ainsi. Nous devrions savoir si l’utilisation des préservatifs par les Canadiens augmente ou diminue au fil du temps, et la meilleure façon d’obtenir ces données est d’inclure des questions sur l’utilisation des préservatifs chaque année dans des enquêtes annuelles comme la Enquête sur la Santé dans les Collectivités Canadiennes.

Notre recherche met également l’accent sur le besoin de plus de données sur les attitudes des gens à l’égard des préservatifs, leur connaissance de l’utilisation appropriée des préservatifs et les conditions qui favorisent ou inhibent l’utilisation des préservatifs. Les recherches futures devraient évaluer les implications des programmes d’éducation sexuelle sur l’utilisation et les perspectives des jeunes adultes concernant les préservatifs, l’accès à une éducation continue en matière de santé sexuelle et à des ressources spécifiques à l’âge, ainsi que les attitudes et croyances sexistes concernant la négociation de l’utilisation du préservatif lors de relations sexuelles en partenariat entre hommes et femmes.